On se souvient que, durant la pandémie, beaucoup avaient rêvé au monde d’après, à un monde (enfin) plus fraternel, plus solidaire, plus pacifié, plus soucieux de la planète, qui n’aurait plus rien à voir avec le monde d’avant. Un rêve vite évanoui, tant le confort des anciennes habitudes, une fois la crise passée, a rapidement repris le dessus. Tant pis pour la planète et les laissés pour compte, pourvu qu’on ait (enfin) retrouvé le bienêtre d’avant !
En sera-t-il de même du Jubilé de l’espérance ? Au terme de l’année jubilaire, les portes saintes se sont fermées. Que restera-t-il de l’espérance ? L’espérance n’aura-t-elle été que le thème d’une année particulière, une parenthèse qui se ferme, un espoir d’autant plus déçu que le jubilé semble n’avoir rien changé à la situation toujours si préoccupante du monde, alors que le pape François qui l’a ouvert souhaitait qu’il se traduise par des signes en faveur de la paix, de la vie, des détenus, des malades, des pauvres, des migrants, des jeunes, de la création ? L’espérance n’aura-t-elle été finalement qu’un rêve, lui aussi, vite évanoui ?
L’espérance n’est pas qu’un thème. Elle « oriente, indique la direction et le but de l’existence croyante », disait le pape François (Bulle d’indiction du Jubilé, 18). Notre vie, sans l’espérance, n’a ni direction ni but. Sans l’espérance, on ne sait pas vers où se diriger. On a peur d’avancer, d’aborder l’avenir, parce qu’on ne sait pas vers où on va. L’espérance ouvre un horizon au-delà de ce qu’on peut voir ou prévoir. Elle est « la certitude, en regardant le temps qui passe, que l’histoire de l’humanité, et celle de chacun, ne se dirige pas vers une impasse ou un abîme obscur, mais qu’elle s’oriente vers la rencontre avec le Seigneur de gloire » (Bulle d’indiction, 19).
L’espérance n’est pas seulement l’espoir que les choses finiront par changer ou par s’arranger. L’espérance nous fait lever les yeux vers un avenir qu’on ne connaît pas, mais dont on est certain, même si on ne sait pas de quoi demain sera fait. Peu importe d’ailleurs qu’on le sache, puisque l’espérance nous assure que, quoi qu’il arrive, rien ni personne ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui nous attend et nous appelle à vivre pour toujours auprès de lui (cf. Rm 8, 3539).
L’espérance n’est pas un rêve, même si, devant les difficultés, les angoisses, les incertitudes, les menaces, on a peine à imaginer, et même à croire, ce qu’elle promet. Elle est au contraire comme une ancre sûre et solide (He 6,19). « L’image de l’ancre, disait encore le pape François, évoque bien la stabilité et la sécurité que nous possédons au milieu des eaux agitées de la vie si nous nous en remettons au Seigneur Jésus. Les tempêtes ne pourront jamais l’emporter parce que nous sommes ancrés dans l’espérance. Cette espérance, bien plus grande que les satisfactions quotidiennes et l’amélioration des conditions de vie, nous porte au-delà des épreuves et nous pousse à marcher sans perdre de vue la grandeur du but auquel nous sommes appelés, le Ciel » (Bulle d’indiction, 25).
Arrivés au terme du Jubilé, ne fermons pas alors comme une parenthèse la porte de l’espérance, mais entrons plus résolument, en même temps que dans la nouvelle année, dans l’espérance, pour aller de l’avant dans la confiance, sûrs que si Dieu est pour nous, qui sera contre nous (Rm 8, 31) ?